20 novembre 2017

Greg Lamy Quartet au Paris-Prague Jazz Club

Dans le cadre du festival Jazzycolors, la mission culturelle de l’ambassade du Luxembourg et le label bruxellois Igloo Records ont programmé le Greg Lamy Quartet au Paris-Prague Jazz Club le 17 novembre 2017.

En 2001, le Centre culturel tchèque de Paris crée le Paris-Prague Jazz Club dans les caves voutées du bel immeuble du 18 de la rue Bonaparte, dans le VIe arrondissement, à deux pas de l’église Saint Germains des Prés. Si l’endroit est fort sympathique, l’espace est un peu étriqué pour le son et mieux vaut arriver tôt pour trouver une place avec vue sur les musiciens…

Le Grand-Duché de Luxembourg a beau être petit, il peut s’enorgueillir de compter des musiciens de jazz de tout premier ordre, notamment Michel Reis, Pascal Schumacher, Jeff Herr, Maxime Bender et… Greg Lamy. Le guitariste sort Press Enter! en octobre 2017. C’est son troisième disque chez Igloo Records, après I See You (2009) et Meeting (2014) et le concert au Paris-Prague Jazz Club est l’occasion de le présenter au public parisien.


Lamy se produit avec la paire rythmique qui l’accompagne depuis le début : Gautier Laurent à la contrebasse et Jean-Marc Robin à la batterie, mais c’est Damien Prud’homme qui tient le saxophone ténor, au lieu de Johannes Mueller. Le concert se déroule en deux sets et le quartet reprend sept des dix morceaux de Press Enter! et trois compositions tirées de I See You, Meeting et What Are You Afraid Of? (2006).


Le quartet commence la soirée avec « Eclipse » (Meeting). Après une introduction raffinée, en suspension, de la guitare, le ténor la rejoint pour un développement moderne et tendu, sur une ligne de contrebasse sobre et une batterie touffue. « Exit » et « There Will Be » sont marqués par le blues, avec une rythmique entraînante et un saxophone aux accents néo-bop. « A.-C. » permet à Laurent de dévoiler son sens mélodique, tandis que la guitare aérienne de Lamy épaule un Prud’homme particulièrement en verve. Hommage à un oncle du guitariste, le réalisateur Benoît Lamy, « Go » (I See You) est énergique, pimenté
d’accents africains – le son étouffé de la guitare rappelle une sanza – et le jeu de Prud’homme évoque davantage celui de Sonny Rollins que de Dexter Gordon (dont l’album Go! est sorti en 1962). Après la pause, dans le brouhaha, Lamy lance le titre éponyme de l’album, « Press Enter », sur une rythmique pop avec une batterie binaire et une pédale de la contrebasse. Après l’exposé du thème à l’unisson et quelques contrepoints élégants, la guitare prend un solo mélodieux inspiré, avec des accents nostalgiques, suivi de près par le ténor, dans le même esprit. Expressif, « Paradoxe » (What Are You Afraid Of?) s’appuie sur le grondement de la contrebasse qui finit en running et les frappes sèches de la batterie qui virent au chabada. La rythmique régulière et le thème en forme de ritournelle font penser à l’Afrique. Dans l’introduction d’« Erase », Laurent se montre à la fois mélodique – superbes lignes sur toute la tessiture de la contrebasse – et fin rythmicien. Robin met de l’emphase dans son jeu pour accompagner cette jolie ballade. C’est encore Robin qui lance le rythme funky de « Control Swift », sur un motif sourd minimaliste de la contrebasse. Le développement de la guitare prend des allures rock, tandis que le ténor, en duo rapproché avec la batterie, fait des embardées free. En bis le quartet joue « D Blues » : portés par une walking et un chabada, le ténor et la guitare s’expriment dans un idiome néo-bop typique. Le solo de la contrebasse et les stop-chorus viennent compléter la référence au bop.


Marqué par le hard bop, le blues (encore plus flagrant sur disque), le rock et la pop, la musique du Greg Lamy Quartet fait dodeliner de la tête les plus récalcitrants… de sept à soixante-dix-sept ans !


Le disque



Press Enter!
Greg Lamy Quartet
Johannes Mueller (ts), Greg Lamy (g), Gautier Laurent (b) et Jean-Marc Robin (d).
Igloo Records – IGL286
Sortie en octobre 2017





Liste des morceaux

01.  « Control swift » (6:05).
02.  « There will be » (5:01).
03. « Le sujet » (1:42).
04. « A.-C. » (8:33).
05. « Exit » (7:04).
06. « Erase » (8:04).
07. « Press enter » (4:41).
08. « Le chien » (5:11).
09. « Blues for Jean » (7:37).
10. « D Blues » (3:06).

Toutes les compositions sont signées Lamy.

18 novembre 2017

In Between – Isabelle Olivier

Neuvième opus de la harpiste Isabelle Olivier depuis Océan – 1997, RDC Records –, In Between sort en novembre 2017 chez ENJA.

Quand le néophyte pense à la harpe, il a davantage Lily Laskine ou Alan Stivell en tête que Dorothy Ashby… Et pourtant, cette dernière peut être considérée comme la première musicienne à avoir réellement émancipé la harpe dans le jazz. Même si cet instrument n’est pas courant, il compte des représentantes notoires, à l’instar, entre autres, d’Alice Coltrane, Zeena Parkins (notamment ses travaux avec John Zorn)… outre Atlantique, ou Hélène Breschand, Laura Perrudin et, bien sûr, Isabelle Olivier en France.

Pour In Between, Olivier a changé de fond en comble son groupe et constitué un septet avec Julie Koldin à la flûte, Hugo Proy à la clarinette, Fraser Campbell au saxophone ténor, Raphael Olivier à la guitare, Thomas Olivier au piano et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts à la batterie.

Les titres des morceaux invitent au voyage : du Pérou (« Peruvian Lullaby ») à la Finlande (« Rengas », anneau, en finnois), avec des escales dans le Mississippi (« Patawatomi », du nom du peuple amérindien), Brooklyn (« Barbes », bar à spectacles de New York), la Malaisie (« Pantoum », un format de poème), voire le Mexique (« Monarque »… s’il s’agit du papillon !) et, bien entendu, l’océan (« Skylark », la mouette). La harpiste signe treize compositions originales, reprends « Skylark » d’Hoagy Carmichael et Johnny Mercer. Quant à « Barbes », c’est un mouvement collectif.

Influencée par les paysages et sa résidence à la Villa Le Nôtre à Versailles en 2015, Olivier développe son œuvre dans une direction chambriste. In Between mise sur la variété des ambiances – cinématographique (« Monarque »), andine (« Peruvian Lullaby »), extrême-orientale (« Impressions »), rock progressif (« Glose »), africaine (« Fête de la musique »), « vingtièmiste » (« In Between »), folklorique (« Lisière »)…  –, des sonorités subtiles, des mélodies soignées (« Lisière »), une rythmique délicate et des interactions raffinées à base de contrepoints entraînants (harpe et guitare dans « Skylark »), de questions-réponses efficaces (« Comment ça va ? »), de superpositions de plans (« A New World »), de boucles imbriquées (« Rengas »)…

Dans In Between, Olivier construit des paysages sonores intimistes et séduisants qui empruntent autant aux jazz qu’aux musiques du monde, rock alternatif et musique contemporaine. 

Le disque

In Between
Isabelle Olivier
Isabelle Olivier (harpe), Julie Koldin (fl), Hugo Proy (cl), Fraser Campbell (ts), Raphael Olivier (g), Thomas Olivier (p) et Devin Gray, Ernie Adams ou Dre Pallmaerts (d).
ENJA – ENJ-9757
Sortie en novembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Intro » (1:33).
02.  « Peruvian Lullaby » (2:11).
03.  « Potawatomi » (5:15).
04.  « A new world » (4:02).
05.  « Comment ça va ? » (4:04).
06.  « Glose » (10:29).
07.  « Skylark », Carmichael (2:41).
08.  « Barbes » Olivier, Campbell, Thomas Olivier et Gray (3:38).
09.  « Monarque » (2:07).
10.  « Fête de la musique » (2:45).
11.  « Impressions » (2:38).
12.  « Lisière » (3:40).
13.  « Pantoum » (2:28).
14.  « Rengas » (2:46).
15.  « In Between » (7:27).

Toutes les compositions sont signées Olivier sauf indication contraire

15 novembre 2017

Instants d’Orchestre aux Gémeaux

Le 8 novembre Patrice Caratini célèbre le vingtième anniversaire de son Jazz Ensemble aux Gémeaux, à Sceaux, devant un Grand Théâtre comble.

Formé à la musique et au jazz pendant son adolescence – piano, guitare et saxophone – Caratini adopte la contrebasse à l’âge adulte. Il fait d’abord ses classes dans des orchestres New Orleans, puis apprend le be-bop en compagnie de Mal Waldron et Slide Hampton. En 1976, après avoir accompagné des chanteurs – Georges Moustaki, Colette Magny et Maxime Le Forestier – Caratini forme un duo de référence avec Marc Fosset (Le chauve et le gaucher – 1978). Les deux musiciens s’associent ensuite à Marcel Azzola (Trois temps pour bien faire – 1982)  puis à Stéphane Grappelli, qu’ils accompagnent pendant près de dix ans. En 1985, il monte son Onztet (Viens dimanche ! – 1987) et, de 1993 à 1995, il anime la Scène et Marnaise avec Andy Emler, François Jeanneau et Philippe Macé. Et c’est en 1997 que Caratini crée son Jazz Ensemble.


En 1997, Françoise Letellier, directrice des Gémeaux, propose à Caratini d’héberger l’orchestre qu’il veut former : le Caratini Jazz Ensemble nait le 10 octobre 1997 avec la création du spectacle Darling Nellie Gray, inspiré par la musique de Louis Armstrong. Autour du contrebassiste, douze musiciens qui sont toujours à ses côtés aujourd’hui : André Villéger et Matthieu Donarier aux saxophones et à la clarinette, Rémi Sciuto aux saxophones et à la flûte, Claude Egea et Pierre Drevet à la trompette, François Bonhomme au cor, Denis Leloup au trombone, François Thuillier au tuba, David Chevallier à la guitare et au banjo, Alain Jean-Marie au piano et Thomas Grimmonprez à la batterie. En décembre de la même année, le Jazz Ensemble sort Anything Goes autour du répertoire de Cole Porter et avec la voix de Sara Lazarus. Echoes of France, reprise de thèmes écrits par des compositeurs de jazz en France, voit le jour en 1999. En 2001, Caratini et Jean-Marie composent Chofé biguine la, mariage de la musique des Antilles et du jazz.  En 2003, le Jazz Ensemble monte Le Bal, pour faire danser les spectateurs sur des réorchestrations de standards de jazz et de chansons populaires, tandis que le pianiste Manuel Rocheman et le percussionniste Sebastian Quezada rejoignent l’orchestre. De l’amour et du réel est un projet sur la chanson réaliste de l’entre-deux guerres conçu en 2005, avec Hildegarde Wanzlawe au chant. Latinidades, consacré à l’afro-jazz, est créé en 2009. Caratini choisit Body and Soul, film réalisé en 1924 par Oscar Micheaux, pour un ciné-concert produit en 2013. Suit, en 2014, le spectacle Chants des rues, sur des chansons à texte d’après-guerre, la plupart signées Jacques Prévert et Joseph Kosma, toujours avec Wanzlawe au chant.

Pour son vingtième anniversaire, le Jazz Ensemble donne deux concerts, l’un au Studio 104 de Radio France, l’autre aux Gémeaux, et sort le disque Instants d’orchestre chez Caramusic, le 22 septembre 2017. Le répertoire du disque – et des soirées – se veut le reflet de vingt années de recherche et puise ses morceaux dans différents disques du Caratini Jazz Ensemble : Darling Nelie Gray, Anything Goes, From The Ground, Latinidad et Body and Soul.


Le 8 novembre, tous les musiciens sont au rendez-vous : Jean-Marie et Rocheman se partagent le piano et Lazarus interprète quatre chansons. Les musiciens prennent place solennellement les uns après les autres sur le « West End Blues » d’Armstrong diffusé en toile de fond. L’orchestre enchaîne sur « East End Blues », avec une alternance de phrases isolées – guitare, saxophone, trompette, tuba… – et de mouvements d’ensemble, puis le rythme s’emballe : walking et chabada accompagnent le chorus tendu de Sciuto, avant de déboucher sur un passage contemporain. 


La belle mélodie d’« Italian Sorrow », signée Jean-Marie, est parfaitement servie par Villéger dans un style west coast, puis par le pianiste lui-même, avec des accents caribéens, pendant que l’orchestre joue subtilement en contre-chant. Dans la tradition des grands orchestres, 


Caratini arrange ses morceaux de manière à ce que chaque musicien puisse avoir son solo. Les trois Miniatures – « Valse musette », « Dialogue » et « Swing » – permettent à Thuillier et son tuba de dialoguer avec l’orchestre avec beaucoup d’humour. D’ailleurs, comme le dit malicieusement Caratini : « l’intérêt des morceaux très courts, c’est que si vous avez une idée intéressante il vaut mieux en rester là parce que, si vous la développez, vous ne savez pas si ça restera intéressant… et si c’est mauvais, ce n’est peut-être pas la peine de continuer là-dessus… » Le banjo de Chevallier expose « Atlanta » (tiré de Body and Soul). L’air, légèrement nostalgique, laisse place à un charleston endiablé, puis, sur une walking et un chabada ultra rapides, 


Leloup prend un chorus captivant, dans une veine néo-bop, qu’il conclut majestueusement a cappella. 



Le timbre chaud, la souplesse du phrasé et la mise en place rythmique précise de la voix de Lazarus vont comme un gant à « What Is This Thing Called Love » (beau duo avec la trompette d’Egea), « My Heart Belongs To Daddy » (déconstruit),  « Too Darn Hot » (dynamique et dans l’esprit music-hall des années trente) et « I Concentrate on You » (chanté en bis). Le banjo et le piano animent « Pinta », extrait de la suite Antillas et clairement inscrit dans une ambiance sud-américaine. 


En l’honneur de Dizzy Gillespie, l’un des pionniers de l’Afro-Cuban Jazz, le Jazz Ensemble interprète « Tin Tin Deo » : après un duo intense entre le piano et le saxophone soprano, qui pourrait être Steve Lacy, Rocheman part dans une atmosphère cubaine et Donarier s’envole dans un chorus de haute volée, parsemé d’aromates free…  


Plus sombre, « Tierras » évoque aussi l’Amérique du Sud et Drevet fait chanter sa trompette bouchée avec lyrisme, tandis que les différentes sections de l’orchestre croisent leurs voix. Pour conclure le concert, Caratini rend  hommage à Django Reinhardt avec sa « Petite suite pour Django Reinhardt » : le climat vire au be-bop, avec un morceau vif dans lequel Villéger répond à l’orchestre et une section rythmique qui installe une walking et chabada énergiques.

Caratini peut non seulement compter sur l’excellence des musiciens du Jazz Ensemble, tous plus doués les uns que les autres, mais aussi sur une connivence parfaite, fomentée par vingt années de complicité. Avec des artistes venus de tous azimuts – musique contemporaine et classique, new orleans, swing, be-bop, free… – et ouverts à tout, Caratini développe sa musique, à la fois complexe et abordable, entre tradition et modernité, reflet de toute l’histoire du jazz, de Storyville à Montmartre, en passant par Chicago, Broadway, La Havane, Fort de France… Un bien beau voyage qu’il faut faire absolument !

Le disque

Instants d’orchestre
Caratini Jazz Ensemble
André Villéger (sax, cl), Matthieu Donarier (sax, cl), Rémi Sciuto (sax, fl), Claude Egea (tp), Pierre Drevet (tp), François Bonhomme (cor), Denis Leloup (tb), François Thuillier (tu), David Chevallier (g), Alain Jean-Marie (p), Manuel Rocheman (p), Patrice Caratini (b), Sebastian Quezada (perc) et Thomas Grimmonprez (d), avec Sara Lazarus (voc).
Caramusic – L’autre distribution
Sortie le 22 septembre 2017

Liste des morceaux

01.  « East End Blues » (9:04).                       
02.  « Valse musette » (1:27).
03.  « What Is This Thing Called Love », Porter (8:02).                    
04.  « Pinta » (4:56).
05.  « From the Ground » (5:08).                  
06.  « My Heart Belongs to Daddy », Porter (9:51).             
07.  « Atlanta » (4:21).
08.  « Ory's Dream » (8:33).
09.  « Tierras » (8:36).
10.  « To the Clouds » (5:39).

Tous les morceaux sont signés Caratini, sauf indication contraire.

9 novembre 2017

A la découverte de Jean-Paul Estiévenart

Déjà remarqué aux côtés d’Enrico Pieranuzzi, Nathalie Loriers, Maria Schneider, Antoine PierreJean-Paul Estiévenart sort son premier disque en leader en 2009 : 4in1. Avec son trio, constitué de Sam Gerstmans et d’Antoine Pierre il publie Wanted en 2013, puis Behind The Darkness en novembre 2016 chez Igloo Records, l’occasion de partir à la découverte de ce trompettiste singulier...


La musique

J’ai grandi dans une famille de soufflants : mon grand-père était trompettiste, mes oncles étaient également trompettistes et tubistes… J’ai donc tout naturellement suivi la mouvance familiale. J’ai commencé la trompette à l’âge de six ans. C’est d’abord mon grand-père qui m’a appris l’instrument, pendant deux ans. Ensuite, je me suis inscrit à des cours de trompette classique, que j’ai suivis pendant une dizaine d’années.

A seize ans, j’ai découvert le jazz : à l’académie de musique de mon village, il y avait une discothèque avec quelques disques de jazz, dont Sketches of Spain de Miles Davis… Et c’est comme ça que j’ai attrapé le virus ! J’ai décidé d’y consacrer ma vie et me suis donc mis au jazz, en autodidacte, en participant aux jam sessions presque tous les jours…


Les influences

La liste des musiciens qui m’ont influencé est longue : Davis, Maurice André, Sonny Rollins, Woody Shaw, John Coltrane, Johann Sebastian Bach et beaucoup d’autres…



Quatre clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? La liberté d’expression…

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz n’a aucune limite et ne met aucune barrière.

Où écouter du jazz ? Partout. A tout moment !

Comment découvrir le jazz ? Il faut écouter toutes les périodes : du New Orleans au jazz actuel. Et aller écouter le jazz en concert, autant que possible.


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un aigle,
Si j’étais une fleur, je serais le tournesol,
Si j’étais un fruit, je serais la banane,
Si j’étais une boisson, je serais de l’eau,
Si j’étais un plat, je serais des Tajadas,
Si j’étais une lettre, je serais Z,
Si j’étais un mot, je serais passion,
Si j’étais un chiffre, je serais 4,
Si j’étais une couleur, je serais bleu,
Si j’étais une note, je serais Fa#.


Sur l’île déserte…

Quels disques ? La Passion selon Saint Matthieu de Bach, avec Elisabeth Schwarzkopf, Christa Ludwig et Otto Klemperer.

Quels livres ?  Le joueur d’échecs de Stefan Zweig.

Quels films ? Blade Runner – la première version…

Quelles peintures ? Perro semihundido de Francisco de Goya et Guernica de Pablo Picasso.

Quels loisirs ? La moto.



Les projets

Continuer l’aventure du trio, avec Sam Gerstmans et Antoine Pierre, mais aussi développer un nouveau quintet avec des musiciens belges et français.


Trois vœux…

1. Plus aucune classe sociale.

2. Que ma famille soit toujours heureuse.

3. Que la musique continue de grandir et pas l’inverse…



7 novembre 2017

Hurlant – M&T@L

En 2014, le saxophoniste Thomas Puybasset, le bassiste Laurent David et le batteur Maxime Zampieri forment M&T@L, pour Maxime & Thomas @ Laurent… Le premier disque éponyme de ce power trio sans guitare sort la même année sur le label Alter-Nativ. En 2016, M&T@L enregistre IK, hommage au groupe de trash metal Metallica. Le trio continue son exploration du hard rock et du rock progressif avec Hurlant, publié en septembre 2017.

Avec Hurlant, M&T@L fait évidemment référence au magazine Métal Hurlant, édité par Les Humanoïdes Associés. Certes, les comics avaient popularisé la science-fiction avec Superman en 1938, Captain Marvel en 1940… mais Métal Hurlant, fondé en 1975 par Jean-Pierre Dionnet, fût le fer de lance de la bande dessinée de science-fiction en Europe et, avec son avatar américain Heavy Metal, créé en 1977, mais assez vite indépendant, elle reste une référence en matière de bande dessinée de science-fiction. Moult stars de la BD y sont passées, de Mœbius à Hugo Pratt, sans oublier Jean-Claude Gal, Philippe Druillet, Nikita Mandryka, Jacques Tardi, Enki Bilal, François Schuiten, Claude Forest, Gotlib

Le répertoire est construit comme une bande dessinée : le trio a composé dix-huit vignettes qui forment six planches… Autrement dit, Hurlant compte six morceaux de trois mouvements chacun : « Arzach et son Ptéroïde », directement inspiré de l’œuvre de Mœbius, « Le chêne et le roseau », évidente référence à Jean de La Fontaine, « Un léopard ne peut pas changer ses tâches », « Codex Seraphinianus », du nom du livre bizarroïde écrit par Luigi Serafini à la fin des années soixante-dix, « Le mystère de l’œuf »… et de la poule, et « Univers parallèle », grand classique des œuvres de science-fiction, dont les mouvements viennent s’intercaler entre les autres morceaux.

D’une durée moyenne de moins de trois minutes, chaque mouvement est concis et concentré sur l’essentiel. Les thèmes sont expressifs (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches » 1) et les ambiances, agrémentées d’effets électro discrets (« Arzach et son Ptéroïde 2 »), évoquent souvent la science-fiction (« Le mystère de l’œuf 2 ») ou les jeux vidéo (« Univers parallèles 1 »). Les mélodies et autres chorus sont secondaires, mais laissent la place à une sculpture sonore collective. Trash metal oblige, Zampieri cogne, mat et puissant (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches 3 »), sourd comme une boîte à rythme (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches » 1), souvent brutal (« Le mystère de l’œuf 3 »), mais aussi emphatique (« Codex Seraphinianus 3 »). David lance un riff de hard rock (« Arzach et son Ptéroïde 1 »), slappe avec le saxophone (« Le chêne et le roseau 1 »), joue des traits virtuoses (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches 1 »), voire quelques motifs aux allures funky (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches 3 ») ou des pédales sourdes qui évoluent progressivement (« Univers parallèle 3 »). Puybasset se montre expressif de bout en bout en jouant sur des effets (« d »), des phrases  aériennes (« Codex Seraphinianus 3 »), des passages violents (« Le chêne et le roseau 3 »), des lignes lointaines réverbérées (« Un léopard ne peut pas changer ses tâches 1 ») ou des développements virtuoses (« Le mystère de l’œuf 3 »).

M&T@L fait honneur à son nom : Hurlant propose des scénettes musicales brutes et musclées… comme des super-héros en plein combat intersidéral !

Le disque

Hurlant
M&T@L
Thomas Puybasset (ts), Laurent David (b) et Maxime Zampieri (d).
Alter-Nativ
Sortie en septembre 2017

Liste des morceaux

01.  « Arzach et son ptéroïde »
·         Premier mouvement (2:53).      
·         Deuxième mouvement (3:11).
·         Troisième mouvement (1:43).
02.  « Univers parallèle », premier mouvement (1:49).      
03.  « Le chêne et le roseau »
·         Premier mouvement (3:35).      
·         Deuxième mouvement (3:41).               
·         Troisième mouvement (2:07).               
04.  « Un léopard ne peut pas changer ses tâches »
·         Premier mouvement (1:56).
·         Deuxième mouvement (2:42).               
·         Troisième mouvement (2:34).               
05.  « Univers parallèle », deuxième mouvement (1:14).               
06.  « Codex seraphinianus »
·         Premier mouvement (3:29).
·         Deuxième mouvement (2:10).               
·         Troisième mouvement (2:30).               
07.  « Le mystère de l'œuf »
·         Premier mouvement (1:43).                  
·         Deuxième mouvement (3:05).               
·         Troisième mouvement (1:02).               
08.  « Univers parallèle », troisième mouvement (3:55).

Toutes les compositions sont signées M&T@L.       

5 novembre 2017

Modern Art au Cinéma Le Balzac

Le vendredi 13 octobre, dans le cadre du festival Jazz & Images et à l’occasion de la sortie du livret-disque Modern Art (le 22 septembre chez Incises Records), le trio éponyme de Daniel Humair se produit dans le Cinéma Le Balzac, après la projection d’En Résonance, un documentaire sur le batteur, signé Thierry Le Nouvel.

Le Cinéma Le Balzac, à quelques pas des Champs-Elysées, est bien connu des aficionados du jazz car Jean-Jacques Schpoliansky, son directeur, programme courageusement des ciné-concerts de haut vol, auxquels ont participé, entre autres,  Bruno Régnier, Patrice Caratini, l’ONJ de Daniel Yvinec, Alexandra Grimal... Depuis 2016, il a également monté le festival Jazz & Images, qui propose tout au long de l’année la projection d’archives filmées et un concert.

En 2017, son directeur artistique, le saxophoniste Vincent Lê Quang a concocté une programmation relevée : Jazz au studio 3 : Blues Again autour d’une émission de Jean-Christophe Averty et Yes Is A Pleasant Country, le trio de Jeanne Added, Lê Quang et Bruno Ruder, Thelonious Monk Live et le duo Sophia DomancichSimon Goubert, Made in France de Frank Cassenti et le quartet de François Jeanneau, Le vieux et le président et News Orleans Revival avec des étudiants du CNSMDP, Dizzy Gillespie au studio 104 et le Trio 1 avec Airelle Besson… et la soirée du 13 octobre !


En Résonance

Le Nouvel est réalisateur et auteur d’ouvrages sur le cinéma et ses techniques. Son introduction d’En Résonance est brève car ce sont les images qui en parlent le mieux…

Le Nouvel met en scène Humair à Paris et dans son « école » des Combrailles creusoises. Pas de grands discours, mais de l’action : le batteur joue et peint, bien sûr, mais assiste aussi à un cours de boxe donné par son ami Freddy Skouma (ex champion d’Europe de boxe super-welters dans les années quatre-vingt, et présent dans la salle), contemple avec Skouma des œuvres d’Albrecht Dürer et des élèves de Léonard de Vinci aux archives du Louvre, cuisine avec son épouse Lucile… Dans le livret de Modern Art, le journaliste et critique d’art pour Télérama, Olivier Cena, écrit qu’il « se pose ici une question insoluble : Daniel Humair est-il un peintre qui joue ou un musicien qui peint ? ». C’est peut-être pour cette raison que Le Nouvel se garde de demander à Humair de philosopher sur un parallèle entre musique et peinture, mais plutôt de décrire par le geste l’acte de création musical et pictural.


Côté musique, Humair joue en solo, filmé de dos face à des images qui défilent, en quartet à la Dynamo, avec Emile Parisien, Vincent Peirani et Ivan Gélugne, et au Duc des Lombards avec le trio de Nicolas Folmer (Emil Spanyi au piano et Laurent Vernerey à la contrebasse).

Le Nouvel ne cherche pas des prises de vue virtuoses, mais ses images sobres s’attachent avant tout à montrer Humair tel qu’il est. Le montage est dynamique, ponctué par la superposition du batteur en train de jouer de dos devant le défilement des lignes blanches d’une route en plein écran.

En Résonance est un documentaire bien rythmé et passionnant sur l’un des artistes clés de notre époque.


Modern Art

En 1958, Art Farmer sort Modern Art avec Benny Golson, Bill Evans, Addison Farmer et Dave Bailey, mais le titre du disque se réfère avant tout à la musique du trompettiste et de son futur Jazztet. Deux ans plus tôt, Art Pepper a aussi enregistré son Modern Art pour Aladdin Records, avec Russ Freeman ou Carl Perkins, Ben Tucker et Chuck Flores. Sur la pochette du disque Pepper contemple son saxophone sur fond de tableau abstrait… Et dans le livret, Pete Welding écrit que pour Pepper : « le jazz n’est pas une musique, mais une approche de la musique – un processus, si vous voulez – à travers laquelle l’artiste recherche constamment à se définir, approfondir, développer et faire grandir ce qu’il connait déjà, pour atteindre quelque chose qui est toujours juste un petit peu au-delà de sa portée ». Citation qui pourrait également être tirée d’En Résonance



Dans Modern Art, Lê Quang, Humair et Stéphane Kerecki proposent « une invitation à la découverte » : autour d’œuvres de treize peintres du XXe, les trois musiciens ont composé ou repris des morceaux qu’ils associaient à ces peintures. Comme l’écrit Humair dans le livret qui accompagne le disque, « J’espère qu’à l’écoute de ce disque, au visionnage et à la lecture de ce livret, des profanes découvriront la peinture et auront envie d’aller plus loin, de se balader trans-arts ».

Le disque est présenté dans un coffret (qui ne tiendra pas sur l’étagère Billy d’Ikea…), agrémenté d’un livret qui contient une introduction sur la peinture de Cena, des propos d’Humair recueillis par Franck Médioni pour présenter la démarche de Modern Art et la reproduction des treize tableaux, fil conducteur du disque. Modern Art a été enregistré au Studio Sextant à La Fonderie de Malakoff par l’orfèvre en sons, Philippe Teissier du Cros. Le répertoire est varié : Humair a composé « Jim Dine » (reprise de Full Contact avec Tony Malaby et Joachim Kühn) et « Vlada V. » (illustration sonore de Corps de Vladimir Veličković – 2011) ; Kerecki propose « Alan Davie », « Bleu Klein », « Cy Twombly » et « Paul Rebeyrolle » ; « Larry Rivers », « Jean-Pierre Pincemin », « Bernard Rancillac » et « Sam Szafran » sont co-signés ; « Jackson Pollock » est un thème de Jane Ira Bloom pour Meets Jackson Pollock – Chasing Paint (2003 – Arabesque Jazz) ; « Pierre Alechinsky » figure dans Paloma Recio de Malaby (2009 – New World Records) ; « Bram Van Velde » est un morceau de François Jeanneau pour le disque Humair Jeanneau Texier (1979 – Owl Records).


Lors du concert le trio joue sept morceaux du disque plus « Mutinerie » de Michel Portal (Dockings – 1998) pour évoquer les peintures de François Arnal et « Gravenstein » d’Humair (La sorcellerie à travers les âges – 1977 avec Jean-Luc Ponty, Phil Woods, Eddy Louiss et Portal) pour l’œuvre de Pierre Molinier. Anecdote amusante racontée par Humair à propos de ce morceau : il aurait dû s’appeler Molinier, mais le producteur trouvait le nom de la pomme plus commercial…


Les thèmes sont construits sur des successions de motifs courts exposés à l’unisson (« Jim Dine », « Bram Van Velde », « Jackson Pollock »), des zigzags (« Mutinerie », « Alan Davie »), des formules aux allures de musique contemporaine (« Cy Twombly », « Pierre Alechinsky »), un air de blues (« Bleu Klein ») ou de ballade free (« Pierre Molinier »). La batterie foisonne avec un punch qui ne se dément pas (« Alan Davie ») et saute d’un contrepoint dense (« Pierre Alechinsky ») à des grondements de tambours aux accents africains (« Jackson Pollock »), en passant par des cliquetis et roulements énergiques (« Jim Dine ») et un chorus endiablé (« Bram Van Velde »). Particulièrement mélodieuse, à l’instar du solo dans « Bram Van Velde », la contrebasse joue tantôt des lignes fluides (« Jim Dine »), tantôt des phrases galopantes (« Mutinerie »), mais toujours avec puissance (« Alan Davie ») et beaucoup d’à-propos (la pédale blues intense dans « Bleu Klein »). Le saxophone, ténor ou soprano, s’amuse sur toute l’étendue de sa tessiture (« Jim Dine ») et son discours reste lisible même dans les envolées les plus débridées (« Alan Davie »). Aux techniques étendues expressives (growl dans « Bleu Klein ») succèdent des passages rollinsiens (le deuxième tableau dans « Bleu Klein ») ou coltraniens (« Cy Twombly »). Les idées fusent et le trio réagit au quart de tour avec maestria, grâce à une concentration palpable, mais aussi des oreilles et des yeux constamment aux aguets.

Texture et traits fusionnent dans une musique certes savante, mais que la mise en place tendue, la sonorité organique du trio et la cohérence des développements rendent accessible. Le concert est jubilatoire et le disque l’est tout autant : Modern Art c’est du free jazz acoustique de proximité. A écouter d’urgence… sans oublier la « balade trans-arts » !...





Le disque

Modern Art
Vincent Lê Quang (ts, ss), Stéphane Kerecki (b) et Daniel Humair (d)
Incises Records – INC001
Sortie le 22 septembre 2017








Liste des morceaux

01.  « Alan Davie », Kerecki (4:00).               
02.  « Jackson Pollock », Bloom (3:25).                     
03.  « Bleu Klein (Pour Yves Klein) », Kerecki (4:45).                       
04.  « Larry Rivers », Humair et Lê Quang (1:31).
05.  « Pierre Alechinsky », Malaby (5:04).
06.  « Cy Twombly », Kerecki (3:41).            
07.  « Bram Van Velde », Jeanneau (3:47).              
08.  « Jean-Pierre Pincemin », Humair et Kerecki (1:07).    
09.  « Paul Rebeyrolle », Kerecki (3:38).
10.  « Jim Dine », Humair (3:45).
11.  « Vlada V.  », Humair (3:40).                 
12.  « Bernard Rancillac », Lê Quang et Humair (1:35).                 
13.  « Sam Szafran », Humair, Lê Quang et Kerecki (3:20).