17 septembre 2017

A la découverte d’Elodie Pasquier...

Venue du classique, la clarinettiste Elodie Pasquier vogue du solo au grand orchestre, en passant par le duo, orTie avec le regretté Grégoire Gensse, son quintet, Mona, et tout le reste… Une musicienne hyperactive à découvrir !


La musique

J’ai commencé par le piano, mais je voulais faire un instrument d’orchestre en plus. J’ai écouté des symphonies et j’ai craqué sur le son de la clarinette. Adolescente, j'ai d’abord étudié au Conservatoire de Chalon sur Saône, puis je suis partie au Conservatoire de Besançon, où j’ai passé mes diplômes : clarinette classique, écriture et musique de chambre. Au Conservatoire de Besançon, j’ai travaillé avec un maître de la clarinette : Monsieur Christian Peignier.

Depuis toute petite, chez moi, j’ai été bercée par les disques de Chet Baker et ceux de l’Arfi, entre autres ! Ensuite j’ai fait un stage d’initiation au Jazz et Musiques Improvisées organisé par l’association Jazz en Herbe. Puis j’ai intégré le département jazz de l’Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne…


Les influences

Je n’oserais pas parler d’influence, mais plutôt du son d’un musicien qui me touche directement en plein cœur ! Comme Nguyên Lê, Keith Jarrett… Et je suis particulièrement touchée par l’émotion que transmettent certains musiciens que j’ai la chance de rencontrer : Didier Ithurssary, Christophe Monniot, Himar Jensson



Cinq clés pour le jazz

Qu’est-ce que le jazz ? Des rencontres, des créations, de l’ouverture…

Pourquoi la passion du jazz ? Le jazz est vaste et sans aucune barrière… si on le souhaite !

Où écouter du jazz ? Dans les festivals ! Les fêtes !... Mais il faut surtout se laisser surprendre, peu importe le contexte !

Comment découvrir le jazz ? Ecouter plein de musiques différentes, repérer tel ou tel artiste, faire des liens, suivre les histoires et tomber forcément nez à nez avec un musicien dit « de jazz » qui sera passé par là !… Ou piocher au hasard dans les bacs… Ou encore, tout simplement, commencer par Miles Davis, peu importe sa période !

Une anecdote autour du jazz ? Je suis plutôt friande des histoires de vie de mes copains du jazz !...


Le portrait chinois

Si j’étais un animal, je serais un chat,
Si j’étais une fleur, je serais une pivoine,
Si j’étais un fruit, je serais une fraise (pas très original !),
Si j’étais une boisson, je serais du vin blanc !...
Si j’étais un plat, je serais… je ne sais pas lequel choisir !
Si j’étais une lettre, je serais F,
Si j’étais un mot, je serais Merci,
Si j’étais un chiffre, je serais 6,
Si j’étais une couleur, je serais orange,
Si j’étais une note, je serais quelque part entre deux notes


Les bonheurs et regrets musicaux

Je ne saurais parler de réussite musicale ! Mais je suis très heureuse d’avoir pu vivre des aventures musicales sur du long terme. Elles m’ont tellement fait grandir ! A l’image du duo orTie avec mon grand ami Grégoire Gensse, qui nous a quittés beaucoup trop tôt... Et je n’ai aucun regret !


Sur l’île déserte…

Quels disques ? The Eminem Show d’Eminem, Thisisatrio de Franck Vaillant, The Köln Concert de Jarrett, Shadow Theater de Tigran Hamasyan, Dauphin de Mazalda et des chants grégoriens.

Quels livres ?  Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, plein de livres de Philip K. Dick !... Et quelques bandes dessinées de Riad Sattouf

Quels films ? Fargo des frères Cohen.

Quelles peintures ?  Pablo Picasso, Salvador Dali

Quels loisirs ? Je les garde pour moi ! Et sans mystère caché, bien entendu !...




Les projets

Il y a d’abord Mona, mon nouveau quintet avec Jensson, Teun Verbruggen, Fred Roudet et Romain Dugelay, Nous sortons un premier disque chez Laborie Jazz en septembre. J’ai aussi mon solo, Elodie Pasquier Solo, puis The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, qui sort son disque chez Irfan, le Label, avec Loïc Lantoine, mais aussi Danzas de Jean-Marie Machado et une nouvelle création avec l’ensemble Op.Cit de Guillaume Bourgogne, aux côtés d’Emmanuel Scarpa, entre autres ! Sinon, j’ai un nouveau projet dont je serai très fière, mais dont je parlerai en temps voulu !...

Onze Heures Onze à vingt-et-une Heures…

Au Studio de l’Ermitage, le 6 septembre 2017, à vingt-et-une heures et des poussières, le Onze Heures Onze Orchestra monte sur scène dans le cadre du festival « Under The Radar » de Jazz à la Villette. Le concert est aussi l’occasion de célébrer la sortie du premier opus de la discographie de l’orchestre.

Créé en 2014 par Alexandre Herer, Olivier Laisney et Julien Pontvianne, le collectif francilien Onze Heures Onze anime un label, qui compte d’ores et déjà près d’une vingtaine de disques à son actif, organise un festival, produit des projets individuels et tourne avec un orchestre à géométrie variable, autour d’un noyau d’une dizaine de musiciens.

Tous les membres de l’orchestre qui jouent sur le disque sont là, à l’exception de Joachim Govin, Franck Vaillant et Alban Darche : Laisney à la trompette, Pontvianne au saxophone ténor et à la clarinette, Stéphane Payen et Denis Guivarc’h au saxophone alto, Johan Blanc et Michel Massot au trombone (ou au tuba pour le deuxième), Stéfan Caracci au vibraphone, Herer au piano et claviers, Florent Nisse à la contrebasse et Thibault Perriard à la batterie. L’orchestre invite Magic Malik pour quelques morceaux. 




Le programme du concert reprend la plupart des morceaux du disque, plus quelques compositions du collectif. La thématique tourne autour de compositeurs du vingtième et vingt-et-unième siècles : Giacinto Scelsi, Steve Reich, Alvin Lucier, György Ligeti, Conlon Nancarrow, Maurice Ohanna, Morton Feldman

Le concert commence par une adaptation tout à fait personnelle d’Herer du Proverb que Reich a composé en 1995. L’orchestre se substitue aux trois sopranos, aux deux ténors, aux deux vibraphones et aux deux orgues électriques. Les contrepoints de la trompette et des saxophones rappellent les voix de la version originale, tout comme les interventions du vibraphone, mais les similitudes s’arrêtent là : l’élégance éthérée des voix, quasiment a cappella, de Reich est remplacée par un mouvement de groupe tendu, avec une batterie, une contrebasse et un piano qui maintiennent une pulsation mate et robuste. L’ « Autoportrait », que Darche a composé pour Vol 1, est un hommage à Ohanna, Isaac Albeniz et Ligeti. Après une introduction entre comptine et gamelan, la rythmique lance un motif funky, soutenu par une pédale du piano, tandis que le trombone et le saxophone alto dialoguent avec verve. Le morceau se déroule dans un entrelacs de voix d’une grande finesse. « Densité », signé Caracci, démarre avec des boucles construites autour d’un ostinato du vibraphone, d’une pédale au piano et d’une batterie percussive, tandis que les vents s’en donnent à cœur joie, dans un délire de sonnailles. Dans la deuxième partie du morceau, la batterie et la contrebasse restent charnels, le vibraphone et le piano s’envolent dans le contemporain et les soufflants deviennent mystérieux… Guivarc’h prend un solo particulièrement inspiré dans la « Fanfare pour Denis », que lui a dédié Payen. La walking rapide de Nisse et le chabada fulgurant de Perriard enflamment le morceau. Foisonnement des timbres, superposition des voix et rythmique entraînante pour « Kung Fu 37 » de Guivarc’h. Retour à la musique contemporaine avec « This Is Where The Sea Ends », écrit par Pontvianne et inspiré par Lucier : minimalisme et jeux avec les timbres. Cocktail de musique contemporaine et d’éléments funky, « Arcane 4 » – composé par Laisney – permet à Nisse de prendre un chorus mélodieux. Malik, sa flûte et sa voix, rejoignent l’orchestre pour « From Crippled Symmetry » d’Herer, enchaîné – vraisemblablement – avec le « XP31 » de Mezzadri. C’est un morceau protéiforme qui saute d’une atmosphère vaporeuse à des joutes contemporaines, en passant par une quasi-berceuse (quand Malik fredonne dans l’embouchure de sa flûte) et des mouvements minimalistes et rythmiques qui évoquent parfois le gamelan. Le bis est une improvisation collective effrénée, pendant que Malik égrène paisiblement un compte-à-rebours…


Le disque permet évidemment de prendre davantage de recul par rapport à la musique que le concert et, sans doute, d’avoir une écoute plus équilibrée, même si le son est moins chaleureux et « physique » qu’en concert. Vol 1 n’échappe pas à la règle. Cela dit, la prise de son est très réussie : elle met bien en valeur les instruments et l’architecture des morceaux (« Proverb »). Deux morceaux n’ont pas été joués au Studio de l’Ermitage : « Yog Sothoth » de Laisney et « Raja » de Vaillant. Le premier commence par une introduction minimaliste du piano dans les graves, avant de partir sur une jolie mélodie soutenue par une rythmique entraînante et des chœurs en contre-chants. « Raja » met en scène une mélodie délicate, portée par les lignes aériennes du vibraphone, sur une rythmique et des riffs dansants.

Les constructions complexes et autres juxtapositions insolites de Vol 1 évoquent évidemment la musique contemporaine, tandis que les sonorités et les rythmes ramènent au jazz. Sur disque ou en concert, il faut écouter la musique du Onze Heures Onze Orchestra car il s’y passe toujours quelque chose !


Le disque

Vol 1
Onze Heure Onze Orchestra
Olivier Laisney (tp), Julien Pontvianne (cl, ts), Stéphane Payen (as), Denis Guivarc’h (as), Johan Blanc (tb) ou Michel Massot (tb, tu), Stéfan Caracci (vib), Alexandre Herer (p, org), Joachim Govin ou Florent Nisse (b) et Franck Vaillant ou Thibault Perriard (d), avec Magic Malik (fl) et Alban Darche (bs).
Onze Heures Onze – ONZ020
Sortie le 6 septembre 2017



Liste des morceaux

001.  « Xp31 », Malik (4:05).                     
002.  « Yog Sothoth », Laisney (9:37).                   
003.  « Raja », Vaillant (9:37).                   
004.  « Proverb », Herer (6:30).                
005.  « This Is Where the Sea Ends », Pontvianne (7:34).
006.  « Fanfare pour Denis », Payen (6:58).
007.  « Autoportrait avec Ohana et Albeniz (Merci Ligeti) », Darche (6:07).

5 septembre 2017

Le cœur des vivants

Le cœur des vivants
Les Doigts de l’Homme
Olivier Kiktteff (g), Benoît Convert (g), Yannick Alcocer (g), Tanguy Blum (b) et Nazim Aliouche (perc).
Lamastrock
Sortie le 28 avril 2017

En 2002 Olivier Kiktteff monte un duo avec le contrebassiste Tanguy Blum et enregistre Dans le monde, qui sort en 2003. C’est l’acte de naissance des Doigts de l’homme. En 2004, en compagnie de Marc Laverty à la guitare rythmique, le trio sort Gipsy Jazz Nucléaire. Yannick Alcocer remplace Laverty pour le disque éponyme, publié en 2005. En 2008, c’est au tour du guitariste Benoît Convert de rejoindre le groupe pour Les doigts dans la prise, paru chez Cristal Records. 1910 est un hommage à Django Reinhardt (Cristal Records – 2010) dans lequel le quartet invite Adrien Moignard et Stéphane Chausse sur quelques morceaux. En 2013, l’accordéoniste Antoine Girard est l’hôte des Doigts de l’Homme pour Mumbo Jumbo.

Cela fait donc près d’une dizaine d’années que le quartet écume clubs, festivals et scènes diverses. Pour leur nouvel opus, sorti en avril 2017 chez Lamastrock, Les Doigts de l’Homme ont fait appel au percussionniste Nazim Aliouche et c’est une première ! Comme dans la plupart de leurs derniers disques, le quintet joue ses propres compositions et reprend « Love Song » de Tigran Hamasyan (Aratta Rebirth – 2008). Une mention pour l’élégante illustration de la pochette, signée de l’artiste Benjamin Flao, bien connu des amateurs de bandes-dessinées (Kililana Song, La ligne de fuite, Va’a…).

La musique manouche imprègne Le cœur des vivants : l’instrumentation, bien sûr, avec les guitares rythmiques (même si les pompes sont plutôt discrètes) et les lignes de contrebasse, d’une régularité irréprochable (« Là-haut »), mais aussi les plaisirs mélodiques (« The Wait »), sans oublier les longues phrases véloces (« Le cœur des vivants »). Cela dit, Les Doigts de l’Homme partent rapidement sur des chemins de traverse grâce à l’apport des percussions : le cajón donne du corps aux morceaux (« Le vrai tombeau des morts ») et, surtout, libère les guitares de leur rôle traditionnel de pompe. Dès lors elles peuvent mettre l’accent sur des contre-chants (« 4 BC ») et des soutiens plus mélodiques (« I See The Light »). Sous l’impulsion du cajón, les morceaux deviennent dansants (« Califas »), avec des touches africaines (« Amir Across The Sea »), voire funky-africain (« Le vol du colibri »).

Des développements élégants aux tourneries méditatives, en passant par des valses et autres airs de boléro, le tout sur fond de musique manouche et d'influences africaines… La musique des Doigts de l’Homme est séduisante.

Liste des morceaux

01.  « 4 BC » (3:52).
02.  « Le cœur des vivants » (3:49).
03.  « Là-haut » (5:38).
04.  « The Wait » (4:13).
05.  « I See The Light » (5:50).
06.  « Amir Across The Sea » (4:21).
07.  « Love Song », Hamasyan (5:45).
08.  « Le vol du colibri » (3:33).
09.  « Califas » (4:46).
10.  « Le vrai tombeau des morts » (4:37).
11.  « La valse du gros » (3:36).
12.  « Back To Life » (3:33).

Toutes les compositions sont signées Les doigts de la main, sauf indication contraire.



3 septembre 2017

Terms of Em-barr-ass-ment

Terms of Em-barr-ass-ment
Flat Earth Society
Peter Vermeersch (bcl), Bruno Vansina (fl, bs), Benjamin Boutreur (as), Michel Mast (ts), Luc Van Lieshout (tp), Bart Maris (tp), Stefaan Blancke (tb), Marc Meeuwissen (tb), Berlinde Deman (tu), Pierre Vervloesem (g), Tom Wouters (bcl, vib), Peter Vandenberghe (kbd, p), Kristof Roseeuw (b) et Teun Verbruggen (d), avec Mauro Pawlowski (g, voc), Peter Verdonck (g), Gregory Van Seghbroeck (euphonium) et Sam Vloemans (tp).
Igloo Records – IGL272
Sortie le 25 mai 2017

Depuis 13, sortis en 2013 pour les vingt-cinq ans de l’orchestre, Flat Earth Society a publié un coffret de trois disques, F E S XL S en 2014, puis Terms Of Embarrassment en 2016, toujours chez Igloo Records. Vermeersch et ses treize compères invitent deux guitaristes, Mauro Pawlowski et Peter Verdonck, le trompettiste Sam Vloemans et l’euphoniste Gregory Van Seghbroeck.

Sur les sept titres de Terms of Embarrassment, Vermeersch en signe deux et Vervloesem un. Les quatre autres compositions sortent du répertoire de Frank Zappa : « Random Riffs » est un patchwork de motifs tirés de différents morceaux, « Take Your Clothes Off When You Dance » (You Can’t Do That on Stage Anymore, Vol. 6 – 1992), « Solitude » (écrite pour sa femme Gail Zappa, mais jamais enregistrée sur disque par Zappa lui-même) et « City of Tiny Lites » (Sheik Yerbouti – 1979).

Hommage oblige, l’ombre du rock débridé et libre de Zappa plane sur Terms of Embarrassment : rythmique puissante (« City of Tiny Lites »), chorus de guitares saturées (« Me Standard, You Poor »), riffs foisonnants des soufflants (« Random Riffs »), développements kaléidoscopiques (« Ahmad & Juan »), chants et thèmes aux dissonances travaillées (« Solitude ») et luxuriance des timbres (« Take Your Clothes Off Whane You Dance »). Vermeersch met en scène toutes les sections de son orchestre en jouant avec le chœur des soufflants, des questions-réponses tournantes, des dialogues entre les deux guitares, des contre-chants (le vibraphone et les cuivres dans « Take You Clothes… »), des unissons enjoués (« Abracadabra »), des nappes de sons synthétiques en arrière-plan (« Me Standard, You Poor »)... le tout sur une batterie et une basse tendues et entraînantes. Même si l’orchestre est au centre de la musique de FES, Vermeersch laisse de l’espace pour que saxophone (« Ahmed & Juan »), trompette (« Take Your Clothes… »), trombone (« Ahmed & Juan ») et guitares (« City of Tiny Lites » entre autres) puissent laisser libre-court à leur imagination.

De l’énergie à revendre et une musique qui fusionne un jazz ascendant free et un rock progressif bouillonnant : Terms of Embarrassment est un joyeux bric-à-brac de notes et de rythmes qui doit être particulièrement jubilatoire en concert.

Liste des morceaux

01. « Me Standard You Poor », Vermeersch (7:55).
02. « Random Riffs », Zappa (3:46).
03. « Take Your Clothes Off When You Dance», Zappa (4:23).
04. « Abracadabra », Vervloesem (4:06).
05. « Solitude », Zappa (4:15).
06. « Ahmad & Juan », Vermeersch (11:59).
07. « City Of Tiny Lites », Zappa (9:58).

15 juillet 2017

Live in San Francisco

Live in San Francisco
Giulia Valle Trio
Marco Mezquida (p), Giulia Valle (b) et David Xirgu (d).
Discmedi Blau – B-20446-16
Sortie en avril 2016

Voici près de vingt ans que la contrebassiste catalane d’origine italienne Giulia Valle se produit un peu partout dans le monde. En 2004, elle enregistre son premier disque en leader, Colorista, chez Fresh Sound New Talent, avec son Giulia Valle Group. C’est également avec ce quintet que Valle enregistre Danza Imprevista (2007), Berenice (2010) et Live (2012), toujours chez FSNT. Avec deux musiciens de son Group, le pianiste Marco Mezquida et le batteur David Xirgu, sortis, comme elle, de la célèbre Escola Superior de Música de Catalunya (ESMUC), elle forme un trio, qui publie Enchanted House en 2008 (FSNT). En parallèle, Valle a monté le septuor Líbera, qui mêle des influences de tous horizons, de la techno à la rumba...

En 2011, lors d’un concert de son quintet à Barcelone, les directeurs artistiques Jeff Levenson (Blue Note) et Randall Kline (San Francisco Jazz Center) repère Valle et l’invitent à venir jouer aux Etats-Unis. Mais c’est en 2015, lors d’une tournée avec son trio, que Valle décide d’enregistrer le concert au SFJC : ce sera leur deuxième opus, Live in San Francisco. Le disque sort sur le label indépendant catalan Discmedi Blau, peu connu de ce côté des Pyrénées, mais aux collections pour le moins prolifiques (plus de cinq mille références) et éclectiques (de la Habanera au New Age, en passant par le classique, le jazz, les musiques de films, le reggae, la samba, la pop, le rock…). Une mention pour l’illustration stylée de la pochette du disque, signée Quim Marín, avec un graphisme contemporain soigné, sur fond de photo en noir et blanc.

Valle signe sept des huit morceaux et Mezquida propose « Joya ». « Reguetown » annonce la couleur : rythmique légère, mais touffue, lignes de basse souples et entraînantes, jeu simultané au piano et à l’orgue électrique, changements d’ambiances au grès des interactions… Avec sa mélodie chaloupée qui débouche sur un développement dans une veine musique classique, avant de partir dans du folk, « Opening » confirme la versatilité des morceaux. « Llueve » et « Captain Courage » se situent davantage dans un intimisme  élégant, qui montre que le free n’est pas forcément rageur. Dans une même lignée, calme, « Joya » se développe comme un hymne au lyrisme grave. Musique espagnole, free et blues marquent « Break A Loop 2.0 » de leurs sceaux. « Lucy-Lú » s’apparente à une tournerie folklorique vive, presqu’irlandaise… La « Chacarera Búlgara » fusionne une danse traditionnelle argentine et la tradition bulgare dans un morceau chatoyant.

Mezquida maîtrise son répertoire classique (« Captain Courage »), joue le blues avec autorité (« Joya »), s’aventure en territoires funk (« Lucy-Lú »), sait se montrer intimiste (« Llueve »), fait des incursions convaincantes dans le folk, à la manière de Keith Jarrett (« Opening »), et insère volontiers des envolées free dans son discours (« Break A Loop 2.0 »). Valle passe d’un balancement mélodieux (« Opening ») à un riff percutant (« Chacarera Búlgara ») et s’appuie sur toutes les techniques (« Break A Loop 2.0 ») – roulements, doublements, slap, shuffle, walking, multi-cordes… Mélodieuse, elle expose souvent les thèmes à l’unisson avec le piano (« Captain Courage ») et taquine volontiers les aigus (« Opening »), tout en conservant une sonorité ronde et boisée (« Joya »). Le drumming de Xirgu est un mélange de luxuriance (« opening ») et de légèreté (« Reguetown »). Constamment sur la brèche (« Chacarera Búlgara »), le batteur se montre tantôt dansant et expressif (« Lucy-Lú »), tantôt d’une subtilité élégante (« Llueve »), et maintient toujours ses compères sous pression (« Break A Loop 2.0 »).

Live in San Francisco est un disque attachant car Valle, Mezquida et Xirgu jouent une musique sincère et libre, fidèle reflet de leur personnalité.

Liste des morceaux

01.  « Reguetown » (7:17).
02.  « Opening » (9:57).
03.  « Break a Loop 2.0  » (8:17).
04.  « Llueve » (6:11).
05.  « Lucy-Lú » (5:09).
06.  « Capitan Courage » (6:08).
07.  « Chacarera Búlgara » (9:43).
08.  « Joya », Mezquida (4:52).

Toutes les compositions sont signées Valle sauf indication contraire.

14 juillet 2017

Gant de velours et main de fer à La Dynamo

Après avoir été en résidence au Carreau du Temple, la Fabric de l’ONJ s’installe à la Dynamo à partir de janvier 2017. Le 13 juin La Dynamo accueille deux projets aux antipodes : le Daniel Erdmann’s Velvet Revolution, trio acoustique à l’instrumentation originale – saxophone, violon et vibraphone – et Kolkhöse Printanium de Paul Brousseau, quintet électrique classique – saxophone, guitare, claviers, basse et batterie.

Comme Sons d’hiver, son cousin du Val-de-Marne, Banlieues Bleuees est née de la volonté des communes de la Seine-Saint-Denis de proposer un fetival de jazz. La première édition a lieu en 1984. C’est en 1990 que sont lancées les Actions Musicales, projets développés par des musiciens avec des écoles, des danseurs, des comédiens, des musiciens amateurs... En 2006, Banlieues Bleues s’installe à la Dynamo et propose désormais des concerts tout au long de l’année. Située dans le quartier des Quatre-Chemins, à Pantin, la salle, moderne, a été construite dans une ancienne fabrique de sacs de toile de jute. 

Ambiance décontractée dans la cafétéria avant le concert : spetateurs et musiciens devisent devant une bière et un sandwitch (tbc). Toujours assidu, Olivier Benoît est venu écouter les projets des musiciens de l’ONJ. Hasse Poulsen et Edward Perraud sont là aussi, solidaires avec leur ami de Das Kapital, Erdmann.


Daniel Erdmann’s Velvet Revolution

La soirée commence par le concert de Velvet Revolution. Outre Erdmann au saxophone ténor, Théo Ceccaldi (membre de l’ONJ) est donc au violon et Jim Hart au vibraphone. Leur premier disque, A Short Moment of Zero G, est sorti en octobre 2026 chez BMC. Le nom du trio d’Erdmann est évidemment un hommage à la Révolution de velours, qui mit fin au régime communiste tchécoslovaque en 1989.


Les six morceaux au programme sont signés Erdmann et tirés de A Short Moment of Zero G. A noter, « Quand j’étais petit je rêvais d’être pauvre », un clin d’œil aux Contes de Rose Manivelle en trio avec Vincent Courtois et le musicien-griot-poète André Ze Jam Afane.

Décollage spatial avec « A Short Moment of Zero G » : Hart frotte les lamelles de son vibraphone avec des archets tandis que Ceccaldi et Erdmann chatouillent les aigus de leur instrument. Le trio change ensuite de registre avec un riff en pizzicato du violon et des nappes de sons du vibraphone, pendant que le ténor joue une mélodie torturée, aux accents mélancoliques. Les interactions élégantes du trio, ponctuées de boucles et d’envolées free, rappellent la musique de chambre contemporaine. Après un solo a capella tendu du ténor, le violon entre dans « I See A Strange Light » pour un dialogue moderne à base de traits dissonants, notes tenues, glissandos, rubatos… et, toujours, cet entrelacs subtil des voix. Le thème, exposé à l’unisson, n’est pas sans évoquer Ornette Coleman. Hart fixe des pinces et des bouts de papier sur les lamelles de son vibraphone pour jouer sur les sonorités tandis qu’Erdmann et Ceccaldi assurent un continuum sinueux en arrière-plan. Les échanges bruitistes heurtés de « Still A Rat » ramènent à une ambiance contemporaine, puis le morceau débouche sur une cavalcade entraînante, dynamisée par l’apport des techniques de jeu étendues. Des accents bluesy accueillent « Quand j’étais petit je rêvais d’être pauvre », mais le développement penche davantage vers des motifs hypnotiques dans une veine contemporaine. Ceccaldi s’en donne à cœur joie dans l’introduction des « [Les] frigos » : bourdonnements, multi-cordes, pizzicatos rythmiques, phrases nerveuses, grincements… Autant de contrastes avec la mélodie nostalgique, reprise par le ténor, imposant, et le vibraphone emphatique. Le concert s’achève sur « Infinity Kicks In ». Ceccaldi joue un riff endiablé en pinçant et frottant les cordes ; pendant tout le concert il a souvent utilisé son violon comme une guitare. Tantôt Hart se joint aux motifs du violon, tantôt il s’envole dans des longues phrases sinueuses. Quant à Erdmann, son discours passe du registre medium-grave à l’aigu avec une montée en tension progressive.


La musique du Velvet Revolution d’Erdmann est tout à fait convaincante : des sonorités insolites, des dialogues expressifs, des rythmes soutenus et une inventivité jamais prise à défaut. Bravo !




Kolkhöse Printanium

Brousseau forme Kolkhöze Printanium en 2007, avec Hugues Mayot aux saxophones, Maxime Delpierre à la guitare, Jean-Philippe Morel à la basse et Philippe Gleizes à la batterie. Leur premier opus, Kolkhoznitsa Vol. 1, sort la même année.

La politique s’invite au concert : le set commence par un extrait du discours prononcé par Emmanuel Macron le 7 janvier 2017 à Clermont-Ferrand – « Penser printemps », inspiré par un texte d’Alain, de 1935 – avec, en toile de fonds, un son de cloche de synthèse. Le développement de « Titan » est tranquille, dans une ambiance fusion, accentuée par les claviers. Dans « Allende en la ONU », après le discours, la rythmique s’emballe et installe un climat dense et lourd : Gleizes cogne sur sa batterie et Morel martèle sa basse. Le maelstrom sonore s’accentue encore avec « Our Face At ‘The Motown’ ». A l’inverse de Velvet Revolution, qui mise tout sur la lisibilité des échanges, Kolkhöse Printanium parie sur un magma sonore qui tient autant de la musique concrète que du rock alternatif. « Sans le savoir » commence encore par un discours, puis Delpierre enchaîne une ritournelle sur des boucles rythmiques touffues, pendant que Mayot joue une mélodie décalée. Démarrage tellurique pour « Ssen Soupape » : la batterie et la basse occupent le premier rang, la guitare peine à se faire entendre, les claviers et saxophone paraissent lointains. Après une succession de bruits industriels et de voix off, proches de la musique concrète, « Exhausteur » déroule une mélodie plus calme, sur un accompagnement binaire lent. Nouveaux bruits mécaniques d’atelier pour l’avant-dernier morceau, qui servent de décors aux boucles de la guitare et aux vrombissements des claviers. La batterie et la basse renforcent encore le côté hypnotique, tandis que le saxophone pousse des cris, avant un final mélodieux. La soirée s’achève dans une atmosphère de science-fiction, avec des nappes de sons aériennes, des phrases mélodiques distantes et une rythmique en suspension.

Kolkhöse Printanium vrombit dans un univers brutal, alimenté par une section rythmique violente, des effets bruitistes tonitruants, des claviers bourdonnants… une sorte de free rock alternatif puissant.

30 juin 2017

Horizons au Café de la danse

David Enhco présente Horizons le 31 mai au Café de la Danse. La salle est pleine pour accueillir le troisième disque du quartet, après La horde (2013) et Layers (2014), toujours édité chez Nome, label cofondé par Enhco. Le concert est enregistré pour Jazzlive, l’émission de Jean-Charles Doukhan.

A côté de son duo avec son frère Thomas, de son trio avec sa mère, Caroline Casadesus, et son frère, et de The Amazing Keystone Big Band, Enhco a également formé un quartet en compagnie de Roberto Negro au piano, Gautier Garrigue à la contrebasse et Florent Nisse à la batterie.


Horizons a été enregistré à La Buissonne. Au répertoire, six morceaux composés par Negro ou Enhco, deux morceaux par Nisse, un par Garrigue et deux improvisations collectives. Le concert reprend les morceaux du disque dans le désordre, avec, parfois, un interlude improvisé pour les enchaîner.

Sur « From The Horizon », une section rythmique mélodramatique accueille les envolées virtuoses et lyriques de la trompette. Le fantastique saut en parachute (39 376 mètres) de Felix Baumgartner, le 14 octobre 2012 (battu deux ans plus tard, en toute discrétion, par Alan Eustace, un dirigeant de Google de cinquante-sept ans…), est évoqué dans « Felix B », morceau élégant et mélodieux, sans facilité. Sous les doigts de Negro, la musique contemporaine fait des incursions dans « Silver Lining », portée par une contrebasse et une batterie subtiles, et un solo a capella raffiné de la trompette. Ambiance néo bop pour « L’inconnu et le couple d’amoureux » : ’running bass’ et chabada véloces accompagnent des échanges énergiques entre le piano et la trompette. « Interspiratio » penche davantage vers un minimalisme – la ligne de basse et les cymbales de la batterie – aux contours impressionnistes par les dialogues entre le piano et la trompette. Une rythmique souple met en relief « Sentinelle », d’abord exposé par le piano avec tact, puis développé collectivement à grand renfort de contrepoints et d’interactions, tout en gardant un swing vigoureux. Après une improvisation qui fusionne musique contemporaine et jazz, le quartet attaque « Likasi ». Enhco explique que Negro voulait intituler son morceau « Petit Panda », mais que Wikipedia lui a révélé que Panda est un quartier de Likasi, ville du Katanga, au Zaïre (n’en déplaise à ceux qui préfèrent RDC) : une mélodie délicate soulignée par les bruissements de la batterie, l’unisson velouté de la contrebasse et la trompette dans une veine sombre. Suit une mélodie mélancolique énoncée à l’unisson par Enhco et Garrigue, « Questions Come Next », déroulée ensuite avec des contre-chants, puis un emballement rythmique qui débouche sur un fourmillement mélodique tendu. En bis, le quartet joue « L’éclat disparu », tout en douceur et mélancolie.


Le David Enhco Quartet s’inscrit dans une lignée néo bop moderne, libérée de tous stéréotypes, et Horizons reflète parfaitement la connivence d’un groupe qui se connait sur le bout des doigts.


Le disque

Horizons
David Enhco
David Enhco (tp), Roberto Negro (p), Florent Nisse (b) et Gautier Garrigue (d).
Nome – Nome 008
Sortie le 31 mai 2017




Liste des morceaux

01.  « Sentinelle », Enhco (2:26).
02.  « Felix B. », Negro (3:51).
03.  « L’éclat disparu », Garrigue (4:21).
04.  « L’inconnu et le couple d’amoureux », Negro (2:20).
05.  « From The Horizon », Enhco (4:26).
06.  « Interlude I », collectif (1:48).
07.  « Interspiratio », Nisse (5:16).
08.  « Interlude II », collectif (1:30).
09.  « Likasi », Negro (5:09).
10.  « Silver Lining », Enhco (3:11).
11.  « Questions Come Next », Nisse (10:22).

24 juin 2017

L’atelier du plateau à l’heure de Polichinelle

Mardi 30 mai à vingt heures, Pulcinella envahit L’atelier du plateau pour présenter son nouveau disque : ¾ d’once. Ce cinquième opus, après Clou d’estrade (Yolk – 2007), Panthers’ Play (BMC – 2009), Travesti (Yellow Bird – 2011) et L’empereur (Les Productions du Vendredi – 2016), sort sur le label hongrois BMC le 26 mai.



Créé en 2004 à Toulouse, Pulcinella est un quartet avec Ferdinand Doumerc au saxophone alto ou ténor et à la flûte, Florian Demonsant à l’accordéon, Jean-Marc Serpin à la contrebasse et Pierre Pollet à la batterie. Doumerc signe sept des huit morceaux de ¾ d’once et c’est Demonsant qui composé le potache « TPDC ». Pulcinella a également demandé à Sylvain Rifflet de participer aux arrangements. Quant au disque, il a été enregistré dans le BMC’s Concert Hall, à Budapest.

Le concert reprend dans le désordre sept thèmes de ¾ d’once, plus une composition récente, « La sieste », et, en bis, « La tarentelle de Pulcinella », clin d’œil à la tarentelle du ballet Pulcinella, composé par Igor Stravinsky en 1919. C’est le directeur des lieux, Matthieu Malgrange, qui introduit le concert en rappelant qu’il y a douze ans, L’atelier du plateau n’avait pas voulu faire jouer Pulcinella… mais que les choses ont bien changé !  Pendant la descente de la mezzanine par l‘escalier escarpé et sans rambarde, les musiciens s’amusent à se coller le mur comme s’ils avaient le vertige… En réponse à Malgrange, Demonsant annonce que cela fait douze ans que Pulcinella se prépare pour ce concert ! Le ton de la soirée est donné : humour et bonne humeur sont de rigueur. Et peu avant la fin du set, le quartet fait même circuler un livre d’or dans le public…

Pulcinella démarre avec « La fille de l’ombre », morceau rythmique et minimaliste dans lequel chaque musicien intercale ses notes entre celles des autres. Après les legato de l’archet et de l’accordéon sur les sonnailles de la batterie, Demonsant joue un riff entraînant, soutenu par les shuffle puissants de Serpin et Pollet, pendant que Doumerc développe « Elle aimait l’été » dans un esprit festif. La structure de la plupart des morceaux s’appuie sur des changements de climat intempestifs : la tournerie de « TPDC » navigue d’abord entre moyen-âge et folklore, d’autant plus quand la flûte rejoint l’accordéon, la batterie et la contrebasse installent ensuite un rythme mi fandango, mi Europe centrale, avant de terminer par un unisson binaire. Même constatation avec « Les paris sont ouverts » qui rebondit de roulements furieux en bruitages colorés, d’un solo de « timbales » majestueux à un passage de french cancan bouffon, de cliquetis serrés à un rock endiablé… Sur un discours fluide et sinueux parsemé de touches bluesy, Doumerc laisse son saxophone faire « La sieste », mais là encore, Pulcinella ne résiste pas à interrompre le discours solennel du saxophone pour s’engager dans une course-poursuite aux accents funky, à laquelle ils mettent fin avec une ronde nostalgique, exposée par l’accordéon. « Melchizedec », une bonbonne de trente litre, comme le rappelle Doumerc, est une danse saccadée ponctuée par les tic-tacs astucieux de Pollet. Les boucles aigües et les grincements de « Mélatonine », dans un style musique répétitive, la comptine jouée par la flûte et le carillon, le slow binaire… tout évoque l’hormone du sommeil, même si le final flirte plutôt avec le rock progressif. « ¾ d’once » décrit les vingt-et-un grammes d’âme qui se libèrent lorsqu’une personne meure… enfin, selon la théorie que Duncan MacDougall a énoncée en 1907 ! Normal donc que le morceau tremble, soit grave et mystérieux… Pour terminer le concert, le quartet joue la « Tarentelle de Pulcinella », un morceau vif et entraînant, qui juxtapose de multiples tableaux, aussi divers qu’une tarentelle, des contrepoints virtuoses, une valse, du free…  


Pulcinella mérite son nom à plus d’un titre : le quartet joue sérieusement sans se prendre au sérieux, manie l’humour musical avec dextérité, construit une musique substantielle à partir de danses légères et chacun de ses morceaux raconte une histoire... La musique de Pulcinella foisonne tellement, que ¾ d’once peut s’écouter à satiété.



Le disque


¾ d’once
Pulcinella
Ferdinand Doumerc (ts, fl), Florian Demonsant (acc), Jean-Marc Serpin (b) et Pierre Pollet (d).
BMC – CD 248
Sortie le 26 mai 2017






Liste des morceaux

01.  « TPDC », Demonsant (5:15).
02.  « Elle aimait l’été » (8:49).
03.  « Melchizedec » (6:13).
04.  « ¾ d’once » (6:24).
05.  «  Devant ta porte » (5:37).
06.  « Les paris sont ouverts » (7:07).
07.  « Mélatonine » (5:36).
08.  « La fille de l’ombre » (3:51).


Toutes les compositions sont signées Doumerc, sauf indication contraire.